PUNK à la française

Le Punk ne touche d’abord qu’un petit nombre de branchés parisiens. Dès 1971, le journaliste de Rock & Folk, Yves Adrien, signe ses articles Sweet Punk. Il fréquente l’Open Market, magasin de disques parisien, dirigé par Marc Zermati. C’est ici que circuleront les premiers 45 Tours punk… Des adolescents (des punks en devenir comme Jacno) rôdent dans les parages, en quête de frissons rock et underground (Lou Reed, Stooges, New York Dolls). Zermati devient le manager du groupe Bijou de Vincent Palmer, le chanteur-boule de nerfs, et organise en 1976, le premier festival punk à Mont-de-Marsan avec les Damned et Little Bob Story, excellent groupe du Havre. Il récidivera en 1977 avec entre autres, le Clash. Une petite scène punk émerge : les Lou’s (combo féminin enragé), Gazoline, Asphalt Jungle (qui font la première partie des Pistols lors de leur légendaire concert au Chalet du Lac), Taxi Girl, Electric Callas, les Guilty Razors… Les Stinky Toys, ont même droit à la une du Melody Maker, en Angleterre. Les Metal Urbain, créateurs d’une sorte d’electro-punk, obtiennent un bon succès outre-Manche. La province n’est pas en reste, au contraire : à Rouen, citons les sarcastiques Olivensteins (culte !), les merveilleux Dogs et à Lyon, Marie et les Garçons, et bien-sûr Starshooter (leur « Get baque », une charge contre les Beatles, vaudra quelques ennuis à Kent et sa bande). Bazooka, le collectif d’artistes (dont le fameux Kiki Picasso) commence à faire parler de lui en semant la panique à peu près partout où il passe (Métal hurlant, Libération…).

PUNK à la française, Années 80

Mais c’est dans les Années 80 que le Punk français va toucher un plus large public… La Souris Déglinguée (LSD) influence tout le rock alternatif et obtient une sacrée réputation sur scène : ses fans se lancent souvent dans des pogos incontrôlables… Impossible de ne pas évoquer les Bérurier Noir et le son des squats. Leur punk à la fois festif et engagé rassemble une bonne partie de la jeunesse (inoubliable « Porcherie » avec son célèbre refrain : « La jeunesse emmerde le Front national ! »). Le punk est bien là, il irrigue désormais toute la scène alternative : les Garçons Bouchers du grand François Hadji-Lazaro, Parabellum, Oberkampf, la Mano Negra, les Wampas, les Négresses Vertes, OTH…

PUNK à la française, après 1990

Après 1990, on peut citer Tagada Jones (inspiré par le hardcore) ou les Sales Majestés et leur anarcho-punk. Aujourd’hui, un groupe comme Guerilla Poubelle entretient la flamme et clame haut et fort : « Punk rock is not a job ! »

LA NO-WAVE : un Jeu de déconstruction…

New York, fin des années 70. La no-wave va achever le boulot de destruction du punk. Ce courant éphémère regroupe des artistes en rupture avec à peu près tout et se montre irrécupérable par les maisons de disques. Punk, bruitisme, free-jazz, funk, rythmes tribaux, avant-garde, disco… toutes les expériences sont menées avec une radicalité digne du dadaïsme ! Ainsi, Arto Lindsay refuse d’apprendre à jouer de la guitare, James Chance explose le funk, Teenage Jesus & the Jerks et leur chanteuse Lydia Lunch pratiquent une sorte de carnage atonal dans des morceaux-éclairs... Jim Jarmusch, le peintre Basquiat, John Zorn, John Lurie et ses Lounge Lizards sont de la partie… Cette avant-garde d’une liberté folle offre un joli terrain de jeu à des groupes tels que DNA, Mars, les Swans, ESG, Sonic Youth…

PUNK CALIFORNIEN : du drapeau noir au skateboard…

Dès 1978, le punk rebondit en Californie, vrai désert musical où s’enlisent les vieux rêves hippies, l’ennui des ados et les Eagles. Une musique ultra violente va naître : chansons nihilistes, sauvages, engagées… jouées dans des clubs où règnent stupre et anarchisme (The Masque) ! X crache un punkabilly à la noirceur inquiétante. L’insupportable et génial Jello Biafra à la tête de ses Dead Kennedys attaque à peu près tout (KKK, société de consommation, inégalités, Reagan… ) avec un humour noir et incisif (« Kill the Poor ! »). Autre formation : the Germs qui influenceront tant Nirvana et les Red Hot Chili Peppers. Et bien sûr Black Flag et son chanteur Henry Rollins balançant ses paroles comme des coups de poing : le hardcore est né avec pour seule devise « Tourne ou crève ! ». Dans cette atmosphère de violence et de désespoir, la répression est forte : descentes de police, concerts interdits…

PUNK CALIFORNIEN, 1982---

Mais la rage est là et bien là ! Teigneux, sale, irrévérencieux, le hardcore radicalise la forme (titres speed, cris, pas de concession mélodique) et le fond (rejet des valeurs). Les Bad Brains sortent en 1982 « le plus grand disque de hardcore de tous les temps » (mélange de punk et de reggae). 45 T autoproduits, fanzines bricolés, labels artisanaux : la ferveur et l’esprit de débrouille favorisent une explosion qui ébranle d’autres villes que Los Angeles . Washington en particulier avec le label Dischord et Minor Threat (considéré comme le groupe de hardcore ultime). Hüsker Dü, tout en coupant sa puissance de feu avec de la pop, s’efforce de ne rien sacrifier de son identité. Les Texans Butthole Surfers jouent un hardcore d’avant-garde inclassable et seront bannis des radios à cause de leur nom… Shellac , trio mené par Steve Albini, est d’une intransigeance exemplaire et produit une musique de papier de verre et de fin du monde. L’esprit originel du hardcore inspirera Kurt Cobain et donnera le grunge, sorte de mix entre punk, metal et pop.

PUNK CALIFORNIEN, 1989---

Mais cette radicalité conduit à une impasse. En 1989, Bad Religion (qui a créé son propre label : Epitaph) pose avec Suffer, les bases d’un nouveau punk, dans la continuité du hardcore mais plus mélodique. Dans les années 90, ce néopunk dénigré par les puristes, attire de plus en plus les gamins américains des classes moyennes, amateurs de skate et de musiques fougueuses : le skatecore fait un carton. De jeunes groupes comme Green Day ou The Offspring sont au sommet, écoulent des millions d’albums et passent en boucle sur MTV, tout comme NOFX ou Rancid. Pour la première fois, le label indé Epitaph rivalise avec les grosses compagnies ! A leur tour, Blink 182 ou Sum 41 obtiennent un gros succès avec leur mélange de pop et de punk, propre et efficace… Le punk est devenu grand public et rentable ! Green Day sort même en 2004, American Idiot, un ambitieux concept-album, sorte d’opéra-rock, comme au bon vieux temps du rock progressif !...

LES FILLES DE LA REVOLUTION

« Certains pensent que les filles, c’est fait pour être regardées, pas écoutées. Moi, l’asservissement je l’emmerde ! » (Poly Styrene chanteuse de X-Ray Spex). Bien sûr, il y avait eu Joan Baez et Nina Simone, Aretha Franklin, Joni Mitchell, Janis Joplin, Nico, Grace Slick… Mais c’est le punk qui donna aux femmes l’occasion d’affirmer avec une rage inédite leur indépendance. Plus question de n’être que des groupies ou des poupées pop à la jolie voix ! Patti Smith, la Grande Prêtresse du punk-rock, balance des textes crus et poétiques. Joan Jett attirée à la fois par le hard et le punk prend la tête des Runaways (groupe entièrement féminin) et fait cramer tous les amplis. Plus glamour, Debbie Harry, avec son groupe Blondie, s’impose sur scène en pin-up acide et sauvage, explosant le cliché de la fille fragile et soumise…

LES FILLES DE LA REVOLUTION, 1977----

Londres, 1977. Chrissie Hynde, une habituée des squats punk, n’a pas froid aux yeux. Elle vient d’ailleurs d’offrir à Sid Vicious un joli collier : une chaîne avec cadenas ! Elle ne tardera pas à prendre la tête des Pretenders. Comme elle, Siouxsie fréquente Sex, la boutique de la styliste Vivienne Westwood et de Malcolm McLaren, le manager des Sex Pistols. Provocante, elle accompagne ces derniers lors de leur passage historique et scandaleux à la télé. Sur scène avec les Banshees, elle impose vite le respect et impressionne le public qui n’osera jamais lui cracher dessus (tendre habitude de l’époque…). Poly Styrene et Lora logic de X-Ray Spex deviennent vite les attractions du moment. Dans une atmosphère de folie, Poly (15 ans !) chante d’une voix stridente et énergique des chansons aux paroles audacieuses qui disent l’ennui, le vide, l’insoumission. Authentique et entière, elle fera un passage-éclair dans le punk. Tout comme Pauline Murray du groupe Penetration qui, à l’époque, lance avec force un « Don’t dictate » qui a des allures de slogan : Ne me donne pas d’ordre ! Deux ados, Viv Albertine et Palmolive, décident avec deux autres filles de fonder les Slits, un combo dont le nom est déjà un outrage ! En véritables amazones, elles posent nues et couvertes de boue sur la pochette de leur album, un mélange étonnant et avant-gardiste de punk et de reggae aux paroles sardoniques.

LES FILLES DE LA REVOLUTION, 1979---

1979, à la télévision autrichienne, une jeune excentrique au style très punk (maquillage, latex, chevelure éclatée) donne en direct un cours d’éducation très sexuelle… et signifie au monde entier qu’une révolution est en marche. Nina Hagen s’engouffre dans la brèche ouverte par Siouxsie et les Pistols, et va créer une sorte de punk-cabaret propulsé par une voix spectaculaire. En France, dès 1976, les Lou’s, jeunes filles enragées, avaient donné le signal de la rébellion. Et c’était Marie d’abord et ensuite les Garçons…

LES FILLES DE LA REVOLUTION, 1990----

Dans les années 90, apparaît le mouvement Riot Grrrl (les émeutières). Kathleen Hanna crée Bikini Kill qui entend s’opposer à la suprématie mâle (dans l’industrie musicale, en particulier). Radical, leur féminisme rock et underground va influencer de nombreux groupes : harcèlement, abus sexuels, sexisme… tous les sujets sont abordés. Après leur séparation, Kathleen fonde Le Tigre, formation électro-punk, plus pop, mais toujours aussi revendicative. Dans le genre filles déchaînées, n’oublions pas L7, modèle de rage punk et de défi (elles défendent le droit à l’avortement), Hole, avec la furie Courtney Love (épouse de Kurt Cobain) et plus près de nous, la très sulfureuse Peaches. Aujourd’hui, les désormais célèbres Pussy Riot, groupe russe qui a osé défier Poutine, viennent nous rappeler que punk-rock et contestation sont toujours d’actualité…